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 Stratégie et tactique dans la conduite de la politique étrangère : le cas de Barack Obama
En remontant l’histoire des Etats-Unis, l’on trouve très peu de présidents qui ont accédé au pouvoir dans les mêmes conditions d’émotion, de passions multiples, et d’attentes immenses comme c’est le cas de Barack Obama. Certes, Roosevelt avec son New deal de même que Kennedy avec la nouvelle mission incarnée par un catholique dans une Amérique majoritairement protestante, ont pu symboliser un égal messianisme, mais jamais la volonté de correction, de révision, et de rupture, n’étaient apparus aussi clairement et aussi franchement.
Pour la toute première puissance industrielle, financière, économique et militaire de la
Obamaplanète, un président annonçant des ruptures pourrait constituer un casse-tête, particulièrement en ce qui concerne ses rapports internationaux, et la stabilité globale de la coopération entre les Etats nations. Depuis l’entrée à la Maison-Blanche de monsieur Barack Obama, les jours se succèdent et ne se ressemblent vraiment pas, cependant les discours se suivent et conservent la même tonalité messianique, la même détermination, les mêmes promesses de changement et la même application pour réussir à refaire l’image des Etats-Unis. Le président a-t-il réellement pour ambition, de modifier définitivement les principaux paramètres de l’expression des intérêts des Etats-Unis dans le monde ? De façon générale, le chef de l’exécutif a-t-il la faculté de modifier de façon radicale, des éléments qui sont généralement considérés comme stables dans l’articulation, la présentation, la lecture et la traduction de la politique étrangère du pays ?
La tournée que vient de boucler le président à travers le Proche Orient et l’Europe, offre un terrain de prédilection pour vérifier ce qu’il en est effectivement, s’agissant de la mise en pratique d’une ambition de rupture. Les déclarations faites au Caire, en Allemagne et en Europe, pourraient-elles signifier un changement de cap, dans la politique international de Washington ?
 Articulation technique de la politique étrangère
Dans la projection globale de la politique internationale des Etats, il est toujours possible de recourir à une démarche essentiellement empirique qui ne requiert pas une prise en compte de tous les paramètres ponctuels et de tous les facteurs d’influence. Par contre, si l’objectif est de déceler dans une action ou dans des déclarations d’un souverain, la substance des orientations de l’expression internationale de ses intérêts et de sa personnalité, l’on est obligé de respecter une démarche scientifique non susceptible de critiques.
A ce propos, deux dimensions sont déterminants dans l’analyse de la conduite internationale de l’Etat : la stratégie d’une part et la tactique d’autre part. Si le premier fait référence aux fondements et aux principes de la politique étrangère tels la situation géographique, la puissance économique, l’histoire, la puissance militaire et les principaux partenaires, le second fait référence à des données conjoncturelles, instables, susceptibles de transformation, d’adaptation et de compromis. L’on dit par exemple ainsi qu’un Etat ne choisit pas ses voisins, ou que ses intérêts ne sont jamais les mêmes selon les situations ou selon les buts et objectifs à un moment précis. Il est d’ailleurs possible de définir la politique étrangère comme étant la stratégie de l’Etat, et la diplomatie comme étant la tactique de celui-ci. La politique étrangère représente la philosophie, la planification et le moule doctrinal et idéologique de l’expression internationale de l’Etat, pendant que la diplomatie représente la mise en œuvre concrète, l’exécution, la concrétisation, la manifestation et l’affirmation sur le terrain.
De façon encore plus académique, l’on peut tirer la conclusion selon laquelle, le président, son ministre des Affaires étrangères et leurs structures de travail, concourent purement et simplement à la mise en œuvre d’une politique que leur imposent la configuration géopolitique du pays d’une part, et l’organisation de ses intérêts stratégiques d’autre part. Cette précision semble d’autant plus importante, que dans l’entendement courant, la tendance est à faire du président le concepteur et du ministre des Affaires étrangères l’exécutant. Certes, le chef de l’exécutif imprime la marque, la cadence, et l’orientation du travail diplomatique, mais penser qu’il invente, forge ou crée la politique étrangère est une erreur, une inadéquation fondamentale.

Rappel de la situation particulière des Etats-Unis
Les Etats-Unis sont ont toujours été, demeureront pour longtemps, une super puissance économique, financière, militaire et diplomatique. Nous sommes en présence d’un pays insulaire, bâti sur un messianisme conquérant, et sur une représentation du bonheur individuel et collectif quasiment religieux. Nous sommes encore en présence, d’un pays multiethnique, multiculturel et multiconfessionnel, qui offre le symbole le plus éclatant d’une expérience unique de brassage humain.
Construite à partir de l’expérience des guerres, guerres extérieures subies par les peuples migrants qui la composent, et guerres et tensions internes faites de cession entre le nord et le sud puis de revendications des droits civiques par les minorités victimes de préjugés raciaux. Les Etats-Unis sont un ensemble fédéral, mieux une union comme le détermine le pacte qui mis fin à la guerre de cession et concrétisa la volonté des pères fondateurs d’avancer vers un destin commun.
Ces atouts sont uniques, et ont érigé dans la mentalité américaine, un complexe de puissance et de domination à l’égard du reste du monde. C’est l’idéologie impériale encore mieux expliquée et plus imposante que la regrettable mission sacrée de civilisation des promoteurs du colonialisme européen.
Au regard de tout ce qui précède, la conception, l’élaboration, la mise en œuvre et conduite ponctuelle de la politique étrangère des Etats unis, ne saurait dépendre de la personnalité, de l’origine raciale, des humeurs ou des ambitions personnelles d’un président quelconque. A la rigueur, les humeurs du chef de la diplomatie peuvent faire surgir des apparences de variations et donner cours à des interprétations, mais au fond, la substance stratégique ne saurait être altérée.

Application pratique à quelques dossiers
Le nouveau président des Etats-Unis est incontestablement inscrit historiquement dans deux tableaux : le tableau des présidents entrés à la Maison-Blanche dans une conjoncture exigeante après un prédécesseur jugé très conservateur d’une part, et le tableau des présidents personnellement porteurs d’espérances diverses à cause de traits spécifiques d’autre part.
D’abord, il est clair que le président Georges Bush a légué à son successeur, des dossiers pourris plus élégamment trop sensibles autour desquels se sont cristallisées de nombreuses oppositions et contradictions. L’on pourrait citer sans ordre d’importance, le conflit israélo-palestinien, le déploiement des bases de missiles intercepteurs en Europe, le nucléaire iranien et nord coréen, le Venezuela, l’Irak, l’Afghanistan, sans évoquer l’embarrassant embargo contre Cuba. Dans ce lot, le plus délicat et certainement le plus complexe et le plus urgent est le dossier israélo-palestinien. Déjà malmené et calomnié durant la campagne électorale à cause de son nom Hussein, le nouveau président des Etats-Unis ne suscite pas vraiment la confiance auprès des lobbies pro israéliens. Par ailleurs, tous les présidents américains qui ont trop versé dans les discours de justice et d’humanisme font peur aux milieux conservateurs qui les perçoivent plus comme des ambassadeurs du Tiers monde et de tous ceux qui en veulent à la puissance américaine et à ses alliés.
Or pour Obama, et fidèle à une promesse de campagne, il fallait prendre le taureau par les cornes. La guerre des blocs et les rivalités militaires entre les super puissances étant terminées, à tout le moins définitivement apaisée, Moscou n’est plus une menace pour les Etats-Unis. La première menace vient du terrorisme des fondamentalistes islamistes qui mettent le feu en Irak, en Afghanistan, au Liban, et sèment le désordre au Pakistan, dans les territoires occupés. Comment jouer les sapeurs pompiers ? Où trouver la solution miracle ? Pour l’équipe Obama, l’origine de la colère, la haine de ces fous de Allah, viendrait du ton, des mots et des adjectifs trop durs utilisés par le président Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 revendiqués par Ben Laden, le patron insaisissable de Al Qaieda.
C’est à partir de cette analyse, quelque peu erronée, que Barack Obama fonde son discours de réconciliation du Caire qui entrera dans l’histoire comme un moment de démonstration d’intelligence et de haute diplomatie pour l’homme d’Etat américain. Dans le fond, rien ne change vraiment et Obama n’a jamais dit vouloir révolutionner les concepts, les préceptes et les données de base stratégiques de la politique étrangère des Etats-Unis. Nous avons donc eu droit à une sortie purement tactique, une démarche adaptée à un contexte et cadrée sur des objectifs diplomatiques ponctuels. Les Etats-Unis demeurent le principal bailleur des fonds, le principal parrain, et la principale caution de l’Etat d’Israël. Aucun président américain ne saurait s’écarter de cette réalité sous peine d’être renvoyé tout de suite et par tous les moyens, y compris la mort subite par assassinat ou par empoisonnement. Caspar Wemberger alors ministre de la Défense déclarait en 1982 lors des bombardements israéliens sur les camps palestiniens du Liban, que “ les Etats-Unis aimeraient bien conseiller de la retenue à Israël, mais sont tout simplement incapables de la faire à cause du lobby juif, lequel est au cœur de l’existence même du système américain et exerce un contrôle réel sur tous les centres de décision ”.
En retour, Israël constitue ce que l’on pourrait appeler dans la planification des états major militaires, une tête de pont de champs de bataille dans toute la région. Le pays dispose pour cette mission, d’un équipement militaire de pointe en quantité et en qualité qu’aucun autre pays du Moyen Orient jusqu’au Golfe persique ne peut rivaliser. Les Etats-Unis lui octroient plus de 30 milliards de dollars annuellement en aide directe en matériel militaire. L’aviation israélienne est souveraine dans les airs et sa marine dicte la loi en cas de besoin.
S’agissant du dossier des relations avec l’Europe. La promesse d’une alliance nouvelle basée sur le respect mutuel est un pur leurre. Rien ne peut changer la relation impériale entre les deux partenaires et rien ne modifiera le paternalisme de Washington. Avant Obama, on en a vu d’autres et l’on a entendu le même discours et les mêmes promesses. La démarche tactique consiste peut-être à procéder de façon moins brutale lorsqu’il s’agit par exemple de solliciter une augmentation des troupes européennes en Afghanistan dans le cadre de l’Otan, mais sur le plan stratégique, il ne viendrait à la tête d’aucun responsable américain, de laisser croire aux européens, qu’ils seraient libres de s’affranchir de la tutelle du Grand frère. Même si nous ne sommes pas ici dans le modèle des relations colonialistes entre Paris et les Etats africains, nous n’en sommes pas tellement éloignés lors des situations de crise. Il y a peut-être de temps à autre des contestations comme lors de la décision d’invasion de l’Irak en 2003 où l’Europe s’était divisée entre la vieille et la nouvelle, mais les facteurs unissant et harmonisant sont cohérents et permanents.
Concernant le dossier du désarmement, la proposition d’un monde sans armes nucléaires a fait sourire plus d’un expert et tourné le président en ridicule. C’est au mieux, la parfaite démonstration d’un cynisme qui confirme que tactiquement, la ruse et la blague sont possibles sur tous les sujets. La réalité c’est que Washington ne pourrait jamais abandonner le nucléaire, seule arme de dissuasion radicale avec laquelle ses redoutables sous-marins enfouis sous les mers et les océans tiennent le reste du monde en otage.
Le dossier qui apparaît comme le plus exemplaire dans ces nuances tactiques face à la permanence des données stratégiques, c’est celui de Cuba. Obama est demeuré dans l’articulation des dispositions idéologiques et stratégiques de la politique étrangère américaine. Le nouveau président n’a pas pu lever l’embargo auquel tiennent tant les pires conservateurs de l’école de pensée de “ la moral majority ”, ceux-là même qui sont à la source de tous les malheurs américains à travers le monde.
Les Etats-Unis n’ont toujours pas ratifié le traité de Rome et se sont au contraire lancés dans la conclusion des accords de déviation avec plusieurs Etats pour garantir une amnistie totale à leurs soldats et éviter ainsi leur traduction éventuelle devant les tribunaux pour crime de guerre. Qu’en dit Obama ? Il en va de même pour les bombes à fragmentation et les mines anti personnelles dont Washington refuse de signer les traités internationaux y relatifs. Qu’en dit Obama ? Absolument rien.

Extrémistes islamistes
En tout état de cause, ce n’est pas Georges Bush qui est responsable de la haine des extrémistes islamistes, ou des méfiances du monde arabe. Le problème vient de très loin, dans une construction injuste et indécente des relations internationales qui a produit des fractures difficiles à réparer sans une révision idéologique radicale de l’approche de la coexistence entre les peuples, et une véritable refonte des normes de coopération. Le terrorisme, la haine et la méfiance résultent donc de la perception négative d’une longue histoire toujours incomprise et encore mal assumée par les acteurs. Les Etats-Unis sont directement perçus comme le responsable des souffrances, des injustices, de l’humiliation des arabes et de l’inexistence d’un Etat palestinien.
On ne détruira pas l’Etat d’Israël pour créer un Etat palestinien certes, mais l’on ne garantira aucune sécurité pour l’Etat d’Israël sans créer un Etat palestinien et les Etats-Unis ne mettront jamais fin à la méfiance du monde arabo-islamique avant qu’une paix définitive ne soit effectivement conclue entre ces deux peuples. Or pour parvenir à ces fins, il faudra vaincre de nombreuses résistances et résoudre de millions d’équations non seulement aux Etats-Unis même, mais également à travers le monde. Dans l’histoire récente des relations internationales, le président américain qui a disposé du maximum d’atouts pour obtenir ce résultat est Bill Clinton. Il a négocié pour ce faire jusqu’à la dernière minute de son mandat et n’y est jamais parvenu. Il est par conséquent fort à craindre que Barack Obama, au-delà d’une extraordinaire manifestation de piété, d’honnêteté, de charme et de religiosité, ait prêché dans le vide. Ce genre de discours n’a jamais fait avancé ni les Etats-Unis, ni les grands dossiers des relations internationales, parce que les meilleurs alliés, les pires ennemis, et les amis occasionnels et les peuples opprimés, l’analysent d’abord comme une démarche purement tactique. Les africains se souviennent aussi d’un certain discours d’un certain président français appelé François Mitterrand dans une certaine ville du nom de La baulle./.
 
  SHANDA TONME
 Juin 2009 ©Le messager




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