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Douala : des millions de citoyens font pipi sur les murs                                La Communauté urbaine de Douala (Cud) a mis en place un petit nombre de toilettes publiques, mais des centaines de Camerounais continuent de se mettre à l’aise dans des endroits peu inappropriés.                                                                                                                                                                                                    Cherté des toilettes publiques                                                                                      Bonanjo, place du gouvernement, il est 14h heures ce lundi 27 juillet 2009 à Douala lorsque la soixantaine de personnes présentes à ce lieu est surprise par des éclats de voix provenant du site des toilettes publiques. Au loin on entend des mots accrocheurs et déplacés. « Imbécile c’est toi qui as construit cela ? Ce sont les toilettes publiques et le fou me demande de lui donner 100Fcfa juste pour faire pipi. La pauvreté pousse les gens à arnaquer à tord et à travers. Je ne donne pas, tu vas me faire quoi ? », crie un monsieur, la quarantaine entamée. Et son adversaire de rétorquer : « un vieux comme toi tu n’a pas honte de discuter pour 100Fcfa ? Regarde comment les enfants te regardent, on t’a dit que c’est toi qui lave ce sol chaque matin ? Tu te prends pour qui pour ne pas payer? Et demain on t’entendra dire dans la rue que les Camerounais ne veulent pas l’évolution de leur pays. Il vient durer près de trois heures dans les toilettes et vocifère quand on lui demande de payer ». La foule regroupée autour du spectacle prenait partie soit pour l’un, soit pour l’autre tout en se mêlant à la dispute. Et ce, pendant près d’une heure d’horloge.
Abordé une fois le calme revenu, l’un des querelleurs qui serait le gérant des bidets affirme être régulièrement agressé de la sorte par des passagers désireux de se mettre à l’aise sans toutefois payer parce qu’ils « estiment que cela doit être gratuit ». Chargé de l’entretien de ces toilettes publiques depuis quatre années, ce jeune homme avoisinant la trentaine déclare sous anonymat avoir été recruté par un particulier et « malgré la somme minable que je reçois, j’ai depuis toujours fait mon travail avec passion, je vous rappelle que je mange même à l’intérieur de cet espace parce qu’il est propre. Ailleurs ce n’est pas comme cela. Allez à Ndokoti par exemple, vous verrez que là-bas et ici, c’est deux mondes différents mais des fainéants comme ce type qui vient de m’insulter ne peuvent même pas s’estimer heureux de la propreté qui règne ici».

Composées de 4 salles (hommes et femmes), le sol et les murs de ces toilettes publiques sont carrelés de blanc. A l’entrée, se trouve une table et une chaise blanche servant de bureau au responsable. Tout près de ce bureau, on aperçoit un réfrigérateur. Au dessus de celui-ci des bouteilles de déodorants et d’eau de javel y sont posées. Une poubelle est disposée à un coin, prête à accueillir des déchets. Au sol aucun détritus. Signe de la propreté des lieux. Situation quasi identique aux toilettes publiques mises en place par la Communauté urbaine de Douala (Cud) et situées en Bonanjo face Recette des finances. Constitué uniquement de deux cuvettes, cet autre espace bien qu’elle soit aussi propre coûte plus cher que le premier. Pour faire les selles, un client doit débourser 100Fcfa. Pour uriner, c’est 50Fcfa. Et pour prendre un bain, il faut payer 400Fcfa. Une plaque portant ces différents prix est accrochée sur les murs et écrit en rouge de sorte que celui qui s’aventure par là prenne connaissance des tarifs. « Ceci me permet d’éviter les disputes inutiles », avance Jerôme, le gérant.                                                                                                                                                                                                 Douala, vaste pissoir                                                                                                En fait, les palissades des maisons, des espaces en plein air, des services publics et autres lieux abandonnés sont très fréquentés par des hommes et femmes désireux de se mettre à l’aise, et pour cause. Comparé à la population de Douala, le nombre de toilettes existant est insignifiant. A Akwa par exemple, à l’angle du Boulevard de la liberté et de la rue Galliéni ainsi qu’à l’angle d’une clôture d’un terrain non bâti, les narines des passants sont « assaillies » par de fortes effluves d’urines provenant d’un ruisseau constitué du contenu des vessies de tous ceux qui passent par là et éprouvent le besoin de se soulager. Un tour à la recherche de toilettes publiques laisse le promeneur plutôt pantois. Akwa comme Bonanjo sont pourtant les passages obligés de la ville. Akwa le centre des affaires et Bonanjo, le cœur de l’administration.
Avec plus de deux millions d’habitants, la métropole économique du Cameroun ne compte pas deux dizaines de toilettes publiques. En conséquence, les voyeurs n’ont pas à chercher longtemps pour satisfaire leur instinct libidineux. A chaque coin de rue, on rencontre indifféremment un homme ou une femme se soulageant sans gêne. Les toilettes publiques ambulantes, objet d’une tapageuse campagne électorale puis médiatique de Françoise Foning, maire de Douala V, ne sont jamais sorties de l’imaginaire de l’intéressée. Comble de l’absurde, la plupart des services publics sont curieusement dépourvus de lieux d’aisance. Si d’aventure, il y en a, ils ne sont pas entretenus comme c’est le cas au bâtiment Chirurgie D de l’hôpital Laquintinie, situé au fond du 1e étage, et de la Cour d’Appel du Littoral où les odeurs d’urine se répandent une fois la porte des toilettes ouvertes, étouffant ainsi les usagers. Au bout de quelques semaines, ils sont hors d’usage. Un autre bel exemple nous a été offert il y a quelques jours par un hebdomadaire de Yaoundé. L’objectif du reporter a surpris un gardien de prison accroupi dans un coin, le pantalon et le slip ramenés au niveau des genoux, se soulageant contre le mur du nouveau palais de justice du centre administratif. Surpris par la camera, le pauvre homme n’avait qu’à se cacher le visage avec une main pour ne pas être reconnu par les lecteurs du journal. Il n’a pas inauguré une attitude aussi ridicule et scandaleuse.
                                                                                                                                       La Cud n’entend pas multiplier les latrines                                                          Plusieurs axes à quatre pénétrantes sont pauvres en water-closets. On cite entre autres le carrefour Ancien Dalip, la douche municipale récemment construite, le carrefour Ndokoti où l’unique pissoir est désormais fermé parce que non entretenu, l’école publique Deïdo, Bonamoussadi, Makepé.
« On ne peut pas donner des bijoux aux porcs. L’idéal aurait été de construire davantage de toilettes publiques compte tenu du nombre grandissant de la population à Douala. Mais je ne pense pas que ce soit à faire car il y a des gens qui posent des actes de vandalisme dont on ne peut qualifier. Le nombre de vespasiennes n’est pas intéressant mais c’est la nécessité qui importe. Si tu multiplies cela et les gens ne l’utilisent pas, tu vas dire que tu construisais cela pourquoi. Les gens sont de très mauvaise mentalité et c’est la même chose pour les corbeilles à papier installées un peu partout. Les gens voient bien mais préfèrent jeter les lotus et autres sur les routes », soutient avec ferveur Ndoumbe Jacques Alexandre, chef service hygiène et salubrité publique à la base de la Communauté urbaine de Douala à Youpwe.
Sur la question des prix nécessaires pour accéder aux cabinets, notre interlocuteur de la Cud explique que les toilettes publiques ont été construites par la Cud qui peut décider soit de les gérer directement, soit de les mettre en concession. Et le concessionnaire peut décider de recruter des gens chargés de l’entretien de ces bidets. Pour ce faire, il estime que c’est tout à fait normal que les individus doivent débourser la somme exigée pour se soulager. « Quelque soit le prix, qui d’ailleurs varie en fonction de chaque concessionnaire, C’est cet argent qui permet de payer l’eau, l’électricité, le nécessaire pour l’entretien et même les personnes en charge d’assurer la propreté de ces espaces ». Comme pour dire que ceux qui pensent ou qui espèrent que l’accès aux toilettes publiques doit être gratuit rêvent. A moins qu’ils ne s’entendent avec le gardien pour qu’il en soit ainsi. Et le gérant des toilettes publiques situées à la place du gouvernement de dire : « Il faut avoir du cœur pour faire ce travail parce qu’il y a des gens qui salissent les murs avec les selles et s’en vont la tête haute sans payer. Je vous assure madame que si on laisse l’accès gratuit, les gens vont faire les selles à l’entrée et même sur les gazons comme c’est le cas au marché Central et même à Ndokoti où un même site sert de vente de vin de palme et de pissoir. »
                                                                                                         
 
Août 2009 ©Lemessager