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Découverte Ntui-Yoko : comme un voyage en enfer                              On ne va pas à Yoko quand on veut, mais quand on peut. Une seule agence de transport brave les pentes abruptes et les bourbiers. Pour desservir la localité.

Prendre un rendez-vous avec l’agence n’est pas  une garantie suffisante pour aller à Yoko à partir de Yaoundé. Il faut encore que les places soient disponibles dans le car.

Ce mardi 14 juillet 2009, dans le hangar qui fait office de tunnel d’embarquement,  en face de l’Ecole supérieur de Police à Yaoundé, un seul car est programmé pour le voyage routeau lieu de deux comme à l’habitude. Il est suggéré à certains passagers qui ne peuvent pas avoir de place de découper leur trajet, en empruntant un car pour Ntui puis, de là, ils pourront trouver une occasion pour Yoko ou attendre sur place le car Saviem qui vient de Yaoundé. Cette option nous tente et nous voilà au quartier Tongolo embarqué à bord d’un minibus de l’une des compagnies qui desservent la ville de Ntui.

Nous nous inquiétons sur l’état défectueux du véhicule, mais on n’a pas de choix. La route est mauvaise, il faut faire avec. Le minibus prend la route à 8 heures. Mais après le péage de  Nkometou, sur la route d’Obala, on rencontre une barrière de sécurité routière, tenue par des policiers. Alcotest et vérification de l’état du véhicule. Le verdict est sans appel: notre bus est vétuste et ne doit pas circuler.

Le chauffeur est sommé de rebrousser chemin avec les passagers. Ce dernier essaie de «négocier», mais le fonctionnaire de police est intransigeant: «même si vous me donner toute votre recette, je ne vous laisserais pas prendre la route avec cette épave.»
La tension monte parmi les passagers, mais rien n’y fait. Nous reprenons le chemin de Yaoundé. Une fois de retour à l’agence, on réalise que les autres cars de la compagnie sont dans le même état. Un minibus d’une agence concurrente est affrété pour nous conduire à Ntui. Ce n’est pas une sortie maison mais,  il est dans un état acceptable et nous passeront le contrôle de la sécurité routière sans problème. Le trajet Yaoundé-Obala-Ntui est parcouru en deux heures, avec un arrêt obligatoire à Nachtigal où on doit traverser la Sanaga par le vieux bac qui vient d’être remis en fonctionnement. La seule consolation pendant la traversée, on peut admirer au loin, les chutes de Nachtigal. Quinze minutes plus tard, nous arrivons à Ntui.
Nous tentons en vain de trouver un véhicule qui va à Yoko. Il a fallu attendre 16 heures pour que le car venu de Yaoundé nous prenne en surcharge. Le car est plein à craquer alors que nous sommes 6 à attendre l’occasion. Le reporter de La Nouvelle Expression parvient à trouver une place à l’arrière du car. Juste un endroit pour poser les pieds. Le motor-boy et deux autres passagers s’accrochent sur le porte-bagage. Les 192 km qui séparent Yoko de Ntui sont parcourus en huit heures.                                                                                                                                                                                           De bourbier en bourbier

                                                                                                                                   Le conducteur du car Saviem est un ancien de la route. Son véhicule, un véritable éléphant de la piste, brave sans difficultés, les pentes abruptes, les dos d’ânes et nids de poule qui jonchent le parcours.
Le premier bourbier est annoncé à Ngouetou, à 70 km de Yoko. Les passagers s’inquiètent d’avoir à dormir en chemin, alors qu’ils ont déjà fait 80% du parcours. Malgré l’insistance des habitants de Ngouetou, nous reprenons la route. Trois kilomètres plus loin, nous sommes face à l’obstacle. Une rivière sans pont et un camion fourgon embourbé. Impossible de passer. Un gros porteur tente de sortir le fourgon du bourbier. Il y parvient au bout d’une demi-heure d’effort.
Notre car Saviem tente à son tour de traverser la rivière. Il est 22 h et il pleut des cordes dans ce bosquet. Les roues arrière du car restent bloquées dans la rivière. Il faut pousser. Tous les hommes à bord mettent la main, sans succès. Les femmes tenues jusqu’ici à l’écart sont appelées en renfort. Elles tirent à l’aide d’une corde pendant que les hommes poussent à l’arrière.
Le reporter de la LNE pousse à l’arrière avec l’eau jusqu’au genou. Le coup de main des femmes porte. Le véhicule sort de l’eau. On se congratule et on reprend la route. Le chauffeur annonce un autre bourbier plus dangereux devant. Mais on roule sans problème jusqu’à 3 km de la ville de Yoko où nous trouvons une file de camions qui hésitent de traverser le bourbier. Une fois encore, les volontaires du car avancent à pied et évaluent la situation. La conclusion est tirée: on peut passer. Les camions nous cèdent le passage. L’éléphant de la piste brave la boue sur une trentaine de mètres puis se retrouve bloqué par la boue. Les femmes qui n’y croient plus abandonnent, mais pas les hommes. La pelle de service sort du véhicule. On creuse on attache la corde. Les uns tirent, les autres poussent. Quand le véhicule avance, les pousseurs tombent dans la boue mais l’effort est récompensé. En dix minutes le car Saviem sort du bourbier. Nous arrivons enfin à Yoko à 2 heures du matin, au cœur même du Cameroun, à 272 km de Yaoundé, à 488 km de Ngaoundéré, à 202 km de Tibati. La fin d’un long voyage qui a commencé la veille, à 8 h du matin. Sur une route où l’agence Alliance Voyages Plus règne sans partage. Son seul mérite est d’avoir encore dans son parc automobile, une marque de voiture française plutôt robuste et adaptée aux routes rurales: le car Saviem.

 Christophe Mvondo  

Juillet 2009 ©La Nouvelle expression




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